En 1990
Elinor Ostrom publiait un ouvrage majeur « Governing tne Commons : the evolution of Institutions for Collective Action ». Il vient d’être traduit sous le titre “Gouvernance des biens communs: pour une nouvelle approche des ressources naturelles” (de boeck, Bruxelles).
Paradoxalement c’est au cours d’une réunion de travail à l’Institute for Economic Affairs, (le think libéral qui a inspiré la politique thatchérienne) qu’en avril 1999 Roger Bate et Julian Morris me signalaient ce livre d’un auteur dont j’avais lu plusieurs articles.
Passionnante et profonde la thèse d’Ostrom (et au-delà de celle de l’
International Association for the Study of Common Property), proposait une solution nouvelle à la fameuse thèse développée par Garrett Hardin dès 1968 dans « The Tragedy of the Commons » selon laquelle les ressources environnementales sont destinées à la destruction sauf à être privatisées ou réglementées.
En effet l’appropriation en bien commun, à distinguer de la propriété publique et du libre accès, non seulement a réussi pendant des millénaires à gérer les ressources mais encore constitue un modèle pour l’avenir.
Ostrom, à partir d’une vision anthropologique et d’études de cas, démontre que les problèmes de ressources communes tels les pâturages, les forêts les systèmes d’irrigation, les pêcheries… peuvent être résolus par des organisations volontaires plus efficacement que par la puissance publique, toujours bien intentionnée mais souvent inefficace et toujours coûteuse.
Personnellement je place l’apport d’Ostrom au même niveau que celui de Ian McHarg « Design with Nature » (publié sous ma direction par l’IAURIF sous le titre « Composer avec la Nature ») et d’Hernando De Soto « Le mystère du capital » (Flammarion 2005)
Ces trois ouvrages, désormais accessibles en français devraient être une lecture conseillée, sinon imposée, à tous ceux qui entendent que les ressources environnementales soient effectivement protégées et gérées dans un contexte de liberté.
En ce qui concerne la publication en français on peut regretter qu’E. Ostrom n’ait pas ajouté un chapitre de mise à jour de l’évolution de sa pensée et de son influence sur les politiques environnementales au cours des vingt dernières années.
La traduction est satisfaisante compte tenu de la densité du texte original (cependant le mot « appropriateur » pour « appropriator » n’appartient pas à la langue française et probablement le terme « propriétaire » traduit mal la dynamique et l’extrême variété des droits de propriété).
L’attribution du prix Nobel a certainement permis la publication de l’ouvrage d’Ostrom, et justifie
a posteriori la participation de ses disciples à chacune de nos huit conférences internationales et le choix de notre devise « L’imagination juridique et économique au service de l’environnement »
En définitive Ostrom apporte l’espoir de conjuguer liberté et environnement comme alternative au « Leviathan écologique » qui nous menace.
Max Falque